. samedi 18 mai 2019 .



On ne va pas se mentir, être première de la classe et être la bonasse du lycée semblent de prime abord pas vraiment compatibles. Il y a là une dichotomie insoluble entre l'image, vaniteuse et l'essence,  raisonnable. Et ce, tout particulièrement pour les femmes. 

Prenons mon cas. Pendant très longtemps, je n'ai pas trop fait attention à mon image. Mon principal objectif était d'avoir de bonnes notes et d'abreuver de connaissances ma curiosité insatiable. J'assimilais alors dans mon esprit les filles prêtant trop attention à leur physique à des filles superficielles. Une équation simple et efficace, qui me permettait de rester concentrée sur mon but. Après mon BAC et donc pour mon entrée en prépa, recevant de plus en plus de compliments sur mon apparence, j'eus envie de soigner davantage mon corps. Avant d'être "femme", il allait bien falloir que je sois "fille". Je me suis alors plongée dans l'univers des blogs modes, suivant avec avidité les looks et les lifestyle edgys des blogueuses de l'époque. Une de mes favorites était sans conteste Jeanne Damas qui me fascinait par sa vie de faste qui était aux antipodes du quotidien monacal que m'imposait l'hypokhâgne. 


Le rêve
Le nécessaire "summer" de la khâgneuse


Très vite, je suis passée de la curiosité à l'obsession. Rien n'allait. Tout était à refaire. Mes cheveux partaient dans tous les sens, je passais mon temps à vérifier mon reflet dans le miroir, je faisais des petits boulots dans l'unique but de bâtir la garde robe que je méritais. Bref, je n'avais alors plus qu'une chose en tête : être belle, ou du moins tenter de l'être.

Dans ce contexte, vous imaginez sans peine le bien INCROYABLE que me firent mes premières lectures féministes. En lisant Beauté Fatale de Mona Chollet (entre autres), je compris pourquoi tout en ayant conscience que le bonheur obtenu dans des choses « immédiates » et matérielles n’était pas absolu, de la part de superficialité qu’il y avait dans ces « passions », je les désirais malgré tout avec une ardeur folle. Car en tant que femme,  j’étais assujettie à un devoir de beauté. Et tout en étant dotée d'un esprit critique et en ayant conscience de ce phénomène vicieux, je me faisais un devoir de  me réaliser pleinement dans le désir de l’autre. 

Cependant, quelques questions demeuraient encore à mon esprit. Est ce que, par conséquent, la coquetterie est forcément mauvaise et condamnable ? Ne peut on pas être esthète et savant ? Une femme intelligente doit-elle forcément rejeter tout souci de son apparence? 

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Jeanne est pantoise

Quand on regarde les moeurs de la Grèce antique, on observe que ce sont davantage les jeunes éphèbes qui étaient les victimes des injonctions de l’époque. Si il y avait la belle Aphrodite, il y avait surtout le bel Apollon, portant cet idéal du corps de l’athlète et du soldat, incarnation suprême du beau dans une société extrêmement masculiniste. La femme n’était qu’un objet, servant à la reproduction. Elle est naturellement belle ou elle n'est pas. Le véritable amour, le plus pur, ne pouvait être qu’entre deux hommes, car désintéressé de toute nécessité de survie de l'espèce. C’est donc entre hommes que se jouait la séduction. Par la suite, "être beau", dans les sociétés aristocratiques notamment, était l’apanage des hommes comme des femmes, souvenons nous du coquet Louis XIV ou encore des dandys du XVIIIeme siècle. Cependant, on observe un glissement au cours du XIXeme siècle, début du XXeme, quand l’habit de l’homme se fait plus noir, plus monotone, la naissance du « costume » et que cette vaniteuse recherche de la coquetterie, ennemie de l’homme sérieux, devient alors purement féminine.

This Ivy House - adreciclarte: by Pietro Perugino
Relou.
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Alors quoi ? Allais je ainsi ployer à renier tout ce qui touchait à mon apparence pour marquer ma différence de femme "d'esprit" ? Non. Car tout est une question de ré-appropriation de la notion de beauté. Et de modération. J'ai lancé le débat avec mes ami.e.s. Nous considérions toutes et tous que renoncer à son "image" serait au final aller dans le sens du cliché d'une femme devant choisir entre légèreté et intelligence, et se limiter là ou un homme n'a pas ce genre d'obligations. Prendre soin de sa féminité, tant que cela ne devient pas obsessionnel, ne doit certes pas être dicté et contrôlé par des hommes mais doit aussi demeurer un droit pour toutes. Y renoncer viendrait à penser la figure de l'intellectuel qu'au prisme de codes masculins : froid, raisonnable, mesuré, élégant, discret. Tant que nous avons à l'esprit qu'on nous a jusqu'ici servit une soupe de la beauté ethnocentrée, transformant le corps des femmes comme un objet malléable à désirs (pilosité, injonction à la minceur, cacher certaines manifestations naturelles du corps comme les règles, faire passer le plaisir sexuel de la femme en second), et que tout ceci avait pour but de pleinement nous occuper et ainsi nous détourner des sujets de fonds, comme la politique, on peut repasser sur un mode plus constructif.

J’aime le fait que la mode nous permette d’écrire notre propre histoire, c’est un moyen d’expression riche, puissant, et d’affirmation de notre singularité face à l’élan normatif de la société. Quand Michelle Obama porte en décembre dernier ses shiny boots Balenciaga lors d'une interview, elle envoie un message fort d'indépendance par rapport à l'image conventionnelle de la "Lady" et de ce qui est normalement d'usage, et affirme ainsi sa personnalité. Cet accessoire d'apparence "girly" vient au final durcir son discours, car il démontre son audace et le fait qu'elle ne recule devant rien. Du côté des militantes féministes, je suis depuis des années la bloggueuse et activiste berlinoise Nike Jane, ayant toujours su conjuguer un discours cohérent avec une utilisation de la mode comme porteuse de ses valeurs. Il n'y a donc pas "la" beauté, mais "sa" beauté, celle qui nous ne culpabilise pas, qui nous fait nous sentir bien et qui nous rend plus forte.

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On adore
En ce sens, et pour en revenir à Jeanne Damas, bien que ses premiers élans furent sous le signe du cliché patriarcal, jeunesse oblige, elle a su trouver sa singularité et encourager les femmes à faire de même notamment au prisme de sa marque Rouje. C'est loin d'être parfait, mais elle a fait son petit bout de chemin. En entrant dans ce milieu, elle avait tout pour devenir une Chiara Ferragni française : un panneau publicitaire humain à la personnalité inexistante, porte étendard d'une "féminité toxique" (terme employé par Dora Moutot sur son compte Instagam @tasjoui) . A la place, elle a tracé sa voie, est restée fidèle à elle même, et a fini par créer sa propre marque qui pour le coup a son lot de tenues « Man Repeller ». Et c’est ça le turfu ! Faire son panier Zara. Ton mec te dit que c’est hideux. Et d'ailleurs, tu sais qu'il n'est pas seul, plein de gens trouverons ça moche. Tu cliques sur « commander ». Tu ronronnes de joie dans ton jean qui certes ne te fait pas le cul de l’année mais qui respecte ton entre jambe. 

Allons même encore un peu plus loin. Dora Moutot se pose sur son compte instagram la question de savoir si il existerait une intelligence de la futilité chez les influenceuses. Elle dit à ce propos "Elle a l'intelligence d'avoir compris que l'humanité a tellement peur du vide, que l'incarner veut dire avoir des milliers de yeux d'inconnus rivés sur elle, qui pour se rassurer de leur intégrité et de leur supériorité, n'arriverons plus jamais à décrocher". La vanité, bien qu'elle soit décriée, que l'on snobe ceux qui la célèbrent, force est de constater qu'elle nous obsède, et nous attire. Je pense qu'il suffit de regarder le nombre de followers de Kylie Jenner pour se rendre compte du phénomène. L'apparat et le faste ont toujours été un outil de pouvoir, et Louis XIV en usait et en abusait.

@melisakalan01

En un mot, soyez vous même, achetez les fringues qui vous font vous sentir à l’aise si vous accordez de l’importance à cela. Essayez de ne pas perdre trop de temps la dessus, il faut que ce soit un plus, pas un devoir. Comme disait très justement Daria Marx lors de son intervention au club des Glorieuses, si le temps passé par les femmes à se soucier de leur apparence avait été employé à étudier, bâtir la société, nous serions toutes des prix Nobel. En ce sens il est également plus que légitime d’en avoir tout bonnement rien à faire. Mais il n’y a pas de choix absolu à faire entre être « intello » et son apparence. Vous pouvez être en thèse et dévaliser Zara. L'essentiel, c'est de se sentir en adéquation avec soi même. Soyez juste libre, affirmée, et heureuse. Et lisez !!

Je t'aime 💗

Photos : Jeanne Damas & sa marque Rouje

. mardi 14 mai 2019 .
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L'été approche, mais ce n'est pas une raison pour cesser toute curiosité :) Voici une liste des événements féministes pour lutter tout en rêvant de cocotiers !

16 Mai 2019  l Course "Sine qua non" Squad l Une course de femmes, dont les bénéfices sont reversés à des associations luttant contre les violences faites aux femmes.
16 Mai 2019  l Le Capitalisme Patriarcal l Rencontre avec Silvia Federici
18 Mai 2019  l Exposition "Fantasme" organisée par le Collectif Junon l 5 artistes, 5 visions du fantasme
19 Mai 2019  l  Le festival des Journalopes l Festival consacré au journalisme indépendant et féministe
23 Mai 2019  l Ciné Club Tapage : Projection de "Delphine & les insoumuses" l Projection exclusive du film, suivi d'une séance de question-réponse avec la Réalisatrice.


23 Mai 2019  l Racisme et sexisme dans le Brésil de Bolsonaro l Réflexion autour de l'inquiétante victoire à l’élection présidentielle du candidat d’extrême droite au Brésil, Jair Bolsonaro
25 Mai 2019  l Atelier les Sans Pages : Cyberféminisme l Un atelier pour travailler sur des biographies de femmes et ainsi combler le vide genré sur Wikipédia.
25 Mai 2019  l Paris c'est elles l Une réflexion autour de la place des femmes dans l'espace public parisien 
30 Mai 2019  l Festival Soi.gner l SOI·GNER est le premier festival artistique pluridisciplinaire commissionné par SciencesCurls

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. dimanche 5 mai 2019 .

Avoir 20 ans. Aucune responsabilité. Ou du moins tenter de les fuir. Se vautrer dans l'absurdité. Créer du drame sur la base du néant le plus complet. Bref, la quête du divertissement, apparaissant dans toute sa vanité. Cette réflexion, c'est l'objet de "Pink Trailer" un court métrage réalisé par Mary Neely. On y découvre Lucy (Macey Isaacs) et Julie (Jenny Leiferman) deux "best friends" passant l'été à badiner dans la maison quelque peu creepy de la grand mère de Lucy. L'esthétique est délibérément kitch,  rehaussé de couleurs chaudes, très "millenial pink". On se croirait dans un film d'horreur de série B, avec les poupées de porcelaine, l'ombre inquiétante planant derrière la fenêtre ou encore ces parties répétées de "Qui est-ce ?". On entend également désespérément tambouriner à la porte Benny,  le weirdo super gênant à la désespérée quête d'amis, se sentant seul. Au téléphone, une grand mère un peu spéciale annonçant à sa petite fille qu'elle vient de finir son workshop de tirage de cartes du tarot tandis que Lucy désespère en réalisant qu'elle n'a plus d'anti dépresseurs. Avoir 20 ans. Etre perdu. C'est tout le propros de "Pink Trailer".

Regardez le film complet ci dessous :





Plus d'informations sur le film sur le site officiel.


Pourquoi on aime ?

1. Les terreurs adolescentes sur fond de pseudo thriller comique

Je pense que j'étais sacrément attaquée autour de mes 20 ans. Une boule d'énergie, d'envies, effrayée par la personne que je devais devenir. En ce sens, je me suis complètement identifiée à ces dialogues absurdes, ce besoin de romancer chaque micro épisode de nos vies pour échapper à un réel anxiogène. Ce qui est drôle ici est que nous avons deux personnages, deux types d'angoisses : l'une panique de l'état dans lequel elle serait sans ses anti dépresseurs tandis que l'autre s'imagine à peine mettre un pied dehors dans ce voisinage étranger et inquiétant, dans lequel elle craint de se faire assassiner. Tout ceci sur fond de dialogues acerbes, et d'un décor rose guimauve revendiqué.

2. La vanité de la vie, l'incertitude de l'avenir

C'est incroyable le nombre de choix que l'on a à faire pendant cette période de notre vie, et avec le recul je me dis que j'étais certes insouciante, mais également très malheureuse à 20 ans. Je trouve que le film illustre en ce sens assez bien cette "insoutenable légèreté" de la jeunesse, avec cette question sonnant comme une malédiction "à quoi bon" ?

3. La sororité

Ce qui est plaisant à voir, c'est aussi la relation extrêmement fusionnelle entre les deux filles. Elle se soutiennent malgré leur différences, et viennent ensemble à bout des craintes de l'une comme de l'autre. Une belle amitié, sans jugements, basée sur l'entraide.

Si vous avez aimé The Pink Trailer, vous pourrez aussi découvrir "Wacko Smacko", se première web série, plus autobiographique, mais tout aussi pleine d'énergie !

. samedi 27 avril 2019 .
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Si Solange nous enchante de ses sortilèges, Beyoncé a elle complètement quitté la stratosphère pour aller banqueter avec les divinités sur le mont Olympe. En regardant son documentaire "Homecoming" sur Netflix, ou l'on découvre sa performance surhumaine au festival Coachella de 2018 (rebaptisé alors "Beychella"), je réalisais que je manquais de superlatifs pour décrire ce que je ressentais. J'étais en transe. Avec le divin. J'étais dans un tel état extatique que des larmes me coulaient sans que je ne puisse dire pourquoi. Et là, je me suis alors dit que peut-être oui PEUT-ETRE, Beyoncé était la réincarnation de Jésus. Version strass et paillettes.

1. Son âme a quitté son corps


On n’atteint pas l’état de grâce en un claquement de doigts. Et même Godess Bey n’a pas été épargnée par la quête initiatique :  elle a en effet longtemps été désignée et cantonnée à son enveloppe corporelle de mortelle, son image de femme sexy jouant sur les clichés patriarcaux. Mais peut on lui en vouloir ? Une victime de la société genrée de plus. Il faut en effet se poser la question des autres choix qu’elle avait. En tant que jeune femme noire aux États Unis dans les années 90, rêvant d'exister, de devenir visible malgré le fait qu'elle appartienne à une minorité, il n’y avait pas 15 000 solutions. Devenir une star de la chanson pour enfin être sous le feu des projecteurs et représenter sa communauté était le graal suprême. L'injonction était telle que comme beaucoup d’artistes noirs américains à cette période, elle e été victime du syndrome « Bill Cosby » en se représentant comme une jeune fille modèle bien sous toutes les coutures, bref, une « bonne noire ». Elle s’est avancée à pas de louve vers la lumière, et s’est petit à petit défaite de ces injonctions. 

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Je vais me risquer à la comparaison hérétique (pardonne moi Bey), mais je vois quand même une sacrée différence entre la représentation que Beyoncé fait de son corps et celui qu’Emily Ratajkowski fait du sien. Tandis que cette dernière se déclare féministe, mais en même temps minaude, se montre lascive, bref, en objet de désir sans idéologie précise, l'autre déploie toute sa force de guerrière, et utilise son attractivité comme une arme. Et son corps n'était pas le seul à afficher l'ouverture des hostilités. Ses chansons, ses discours, ses shootings écrivent le manifeste de la libération de la femme. Ainsi, Beyoncé n’est plus juste une chanteuse, c’est une guerrière. Lors de ses shows son visage est dur et fermé, conquérant. Elle attend l'ennemi, prête à se battre, Templière 2.0.

Dans son "Beychella" show, on trouve à ce niveau presque plus aucune forme de sexualisation. Elle porte bien parfois sur scène des tenues connotées "sexy", mais elle sont comme vidées de tout leur sens. Beyoncé s'empare ainsi d'elle même pour réécrire sa propre histoire, sa propre norme. Son être s’efface pour faire « corps » avec un tout, une communauté entière festoyant fièrement derrière elle, et laisser pleinement se sublimer le sort du peuple noir. Beyoncé n’est pas un corps, c’est une âme céleste, qui s’offre aux autres. 


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"Ployez mécréants !"

2. Elle se sacrifie pour le salut de son peuple


Habituée à se présenter comme une machine de guerre, Beyoncé montre d’habitude assez peu les coulisses de sa préparation et tout le mal qu’elle se donne pour atteindre le niveau de perfection de ses shows. Hors dans « Homecoming », notre sauveuse nous rappelle que malheureusement, elle est (pour le moment) faîte de chair (et de lumière). Et donc pour atteindre la perfection, elle travaille sans relâche, et se pousse dans d’ultimes retranchements, sacrifiant sans hésiter son corps sur l’autel du labeur. Pourquoi ? Car sa mission n’est pas seulement de nous gracier d’une performance divine mais aussi de délivrer un message : rendre visible l’excellence noire américaine, et célébrer beauté de leur culture. 

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Autre « sacrifice » plus capitaliste, son "coming out" politique, que l'on va situer à la sortie de "Beyoncé" soit en 2013. La vibe féministe était alors loin d’être ce qu’elle est aujourd’hui. Point de Glossier, de #metoo, de "Girl Boss" & cie. Donc à ce moment précis, Beyoncé prend au final un véritable risque "commercial" en s'affirmant féministe ou encore en prenant publiquement position en faveur du mouvement Black Lives Matter. Alors que la moitié des Etats Unis la pensait blanche et aseptisée. Il n'y a qu'à voir les réactions suscitées par sa performance au Super Bowl pour constater que Beyoncé s'est mise à déranger, à être moins consensuelle, à s'affirmer à contre courant. Cela l'a ainsi faite passée de "princesse" à Déesse toute puissante. Le Messie je vous dit !!


3. Elle & ses fidèles ont fondé une religion


Beyoncé provoque des connexions émotionnelles avec ses fans à la limite du spirituel, chaque concert étant une grande messe. Elle a une forme d’omnipotence lui permettant une connexion incroyablement personnelle avec ses fans. Avant qu’elle soit sanctifiée, durant sa vie de mortelle, elle a partagé à travers ses chansons des moments essentiels de sa vie sur le gros con qui l’a larguée, sa dépression, ses meilleures ennemies (nous tenons nos serpents du péché !! ), son mari qui l’a trompée, sa soeur qui pète un câble … On a tous une chanson de Beyoncé qui a su parfaitement mettre les mots sur des émotions qu’on a ressenti au cours de notre vie. 

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C’est donc sa foi inébranlable, sa croyance dans le « possible », ses messages donnant tant de force qui réunissent derrière elle la « Beyhive », son armée de fans, formant une réelle communauté. Plus globalement, Beyoncé, soutenue en ce sens par Michelle Obama est un modèle d’espérance et de dépassement absolument énorme pour les jeunes femmes noires. Elle leur donne la foi, les fait croire en leur salut. A quand le "credo" version Beyoncé ?

Et bien, il existe. Vice a réalisé un excellent reportage sur les "Beyoncé Mass", des messes célébrées dans une église de San Francisco, utilisant le travail de notre Queen B pour délivrer des prêches célébrant la beauté, la grandeur et la richesse des femmes noires. Une expérience spirituelle, teintée de Gospel, porteuse de valeurs. 






Pour rejoindre le culte, je vous invite à faire l'acquisition de ces creepy "Prayer candles" (bougies de prière) à l'effigie de Queen B :

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On se baptise ou ? 

Pour se défaire de la vision ethnocentrée que nous avons de Beyoncé et plonger pleinement dans le phénomène de société qu'est Queen B outre manche, quelques lectures :


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Sous la direction de Veronica Chambers

Un recueil d'essais par différents auteurs de divers horizons (universitaires ou encore des critiques musicaux) relatant l'influence de Beyoncé dans divers domaines comme la place de la femme noire dans la société américaine ou encore son rôle dans la lutte contre les violences policières faites aux noirs américains. Beyoncé est plus qu'une chanteuse. C'est une légende.




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Par Omise'eke Tinslay 

Un ouvrage qui a pour point de départ le cours universitaire que tient l'auteur "Beyoncé Feminisme, Rihanna Womanism" et traite du rôle d'icône que tient Beyoncé dans les milieux queer noirs américains. 







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Par Feminista Jones

Les femmes noires sont victimes d'une invisibilisation de masse. Raison pour laquelle Beyoncé est une icône : elle fait figure d'exception, de miracle. Ce livre traite du combat des femmes noires  et de leur progressive influence à récupérer un espace d'expression dans les médias, et ce, de manière positive. Leurs combats ? La résistance à la culture mainstream, un engagement politique fort, et bien évidemment, le féminisme. 



. vendredi 12 avril 2019 .


Est ce grave de parfois se décourager ?

Je pense être devenue féministe grâce au Podcast La Poudre, de Laurène Bastide. Ce podcast a été un point d'entrée m'ayant permis de réaliser que oui, tout était possible. Bercée par ces récits de femmes plus extraordinaires les unes que les autres, je nourrissais à mon tour des envies de grandeur, de radicalement changer les choses. Pour être tout à fait honnête, la genèse de mon ambition est née bien avant, lorsque Barack Obama est devenu le premier président noir des Etats-Unis. A cet instant, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que ma destinée serait de devenir "Baracka Obama", la première femme métisse présidente de la France. Ce doux songe m'a bien heureusement bien vite quitté (pour ma santé mentale), mais il s'est tout de même installé en moi quelque chose d'insidieux : il fallait que je sois digne, je ne pouvais pas être comme tout le monde.

Mais digne de quoi au juste ? Digne de toutes ces femmes, qui se sont battues pour garantir les droits dont je jouis actuellement, digne de leur courage et de leur force de conviction. Digne de mes ancêtres, constituant mon métissage, et notamment ceux s'étant battus pour leur liberté et leur intégrité physique et morale alors qu'ils étaient réduit au statut d'esclave. Je suis née libre, avec un droit de m'exprimer, je devais agir et me saisir de ce précieux présent pour prendre la relève.

Mais voilà ce n'est pas si simple. La société est ainsi faite qu'on se retrouve vite à passer plus de 40h de son temps dans un travail laissant peu de place aux "à côté" et qu'on se retrouve vite face à des chantiers paraissant parfois tellement colossaux qu'on ne sait par quel bout les prendre. L'immense ivresse qui vous a envahit laisse alors place à une sordide impuissance, désarmante. Vous vous sentez incapable, pas au niveau, et coupable.

BEST MOVIE QUOTES    La belle noiseuse (1991)


Le point culminant de ce sentiment d'impuissance et de pression fut atteint avec la sortie de la formidable autobiographie "Devenir" de Michelle Obama. Je brûlais d'envie de l'acheter, je lisais des extraits, regardais des interviews, mais en même temps, je savais que j'allais lire un récit d'une femme si extraordinaire que mon complexe d'inutilité en serait démultiplié. Beaucoup de femmes ont en effet évoqué la pression qu'elles avaient ressenti à la lecture de ce livre. Je me suis alors ravisée, préférant attendre un moment ou je serais davantage "prête".

Et ceci est une erreur.

Car non, vous n'êtes pas obligée de devenir une entrepreneuse étoilée, dont le succès sera d'une telle fulgurance,  que tous les magazines diront de vous que vous marchez sur l'eau. Vous n'êtes pas non plus obligée d'être une artiste ouvrant sa galerie à N.Y, une révolutionnaire chevronnée ou de devenir la sénatrice française la plus cool que l'hémicycle n'ait jamais connu (Bien qu'une Ocasio Cortez française nous ferait du bien !).

♀ @moleculaire

Comme l'explique assez justement Rebecca Amsellem (fondatrice des Glorieuses), les femmes ont également le droit de juste vouloir vivre leur vie. La journaliste du New York Magazine Madeleine Aggeler écrivait en ce sens un hymne aux femmes "médiocres".

Bien qu'il soit capital d'inspirer et de donner de nouveaux modèles aux jeunes filles, pour qu'elles se donnent les moyens de leur rêves, il faut également être vigilant avec cette notion "d'empowerment" et d'appel à l'extraordinaire. Cela vient en effet supposer que la femme, pour avoir une chance d'exister, ne peut être qu’exceptionnelle, mettant allègrement au caniveau tout le ventre mou que constitue le reste. Alors que non, c'est justement ce "dit" ventre mou qui permet aux quelques étoiles filantes d'émerger. Et cette base est capitale, nous jouons TOUTES un rôle capital, à notre niveau.

Par ailleurs, comme si il en manquait, c'est une nouvelle injonction qui est faite à la femme. Soyez parfaites, irréprochables, brillantes, bref en un mot, soyez fab'. Encore une fois, bien des mecs médiocres ont été mis pendant des années au Panthéon pour se priver d'enfin se la couler douce.

Croyez en vos projets si vous en avez, ne vous briguez pas, osez ! Mais mâtez Netflix si vous le voulez, avancez à votre rythme et dans la direction qui vous plait, et prenez le temps de vous faire plaisir, de vous écouter. Tout le poids de l'humanité ne repose pas sur vous. C'est un peu pour ça qu'on s'est battues non ?

Se renseigner, se nourrir de lectures, de podcasts, en discuter avec sa sphère proche et éduquer en ce sens ses futurs enfants (si on en veut) est déjà énorme. Ce sont là les briques durables d'une société changée de l'intérieur. Mais si une Michelle Obama sommeille en vous, alors foncez!


Bon du coup, on fait quoi ?

On ralentit. On se détend. Et puis d'abord, on peut ne rien faire. Si tout même vous avez envie d'enclencher un processus de "dé-culpabilisation" :

1. On lit ou relit "Bad Feminist" de Roxane Gay, pour se rappeler qu'être féministe, ce n'est pas forcément être à 100% à chaque instant, on peut avoir des contractions, avoir la flemme, ne être d'accord sur tous les sujets. Nous ne sommes pas toutes des super héroines, mais des femmes imparfaites, et pas de panique, c'est normal !

2. Merde, vous vous êtes sentie faible. Et pourtant vous vous étiez jurée d'être forte, c'est super chiant. Question, est ce qu'on a envie de recréer des femmes testostéronnées aux idéaux d'hommes alpha ? Je ne crois pas. Se sentir vulnérable, c'est juste humain. On jette un coup d'oeil au compte Instagram Sad Girls Club pour se remonter le moral et apprendre à accepter ses émotions.

3. Pour finir, on regarde MEUFS, le reportage de "girls next door" réalisé par Josépha Bianca, en quatre épisodes. Sur la base d'un appel à témoignage sur Instagram, la créatrice a réalisé avec aucun budget et beaucoup de débrouillardise un super documentaire ultra inspirant. Des femmes âgées de 25 à 33 ans donnent leur vision de ce que c'est d'être une femme en 2018. Les autres épisodes sont focus sur 2019. Des filles normales, pouvant être des copines, disant des choses sensées, et jouant toutes un rôle à leur niveau. Un hymne à la sororité et au fait qu'ensemble, plein de choses sont possibles.



Alors, décomplexée ?

. vendredi 5 avril 2019 .
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Solange by Carlotta Guerrero


Attention, ceci n'est pas un article objectif. Je suis une fan absolue de Solange, je déborde d'admiration pour elle. J'ai toujours apprécié comme elle avait su se servir avec talent de sa place "à l'ombre" pour développer son génie créatif. La sortie de son nouvel album "When i get home" est l'occasion d'un petit tour d'horizon d'une personnalité oscillant entre mystère et sororité.

Beaucoup ont découvert Solange après l' "elevator gate". On se souvient de son "kick" iconique à Jay-Z dans l'ascenseur du Standard Hotel à NYC. Alors qu'il était facile pour ses détracteurs de présupposer une jalousie de Solange envers Beyoncé, on découvre en fait que Solange a agit par une noble colère envers son beau frère après avoir sûrement eu vent de ses tromperies. Finie la soeur jalouse, la weirdo ratée cantonnée à l'ombre, cet épisode a eu pour effet au contraire de mettre en lumière une personnalité entière, qui a toujours su rester fidèle à elle même et à ses valeurs. Elle est fondamentalement opposée à sa soeur, et le vit extrêmement bien.

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Alors que Beyoncé  a eu une découverte plus tardive de son rôle de modèle en tant que femme noire, Solange baigne dedans depuis toujours. Pendant que sa soeur semblait chaque semaine devenir plus blanche et plus blonde, Solange a toujours abordé une magnifique chevelure afro naturelle, et assumé ses traits de femme noire. C'est dans cet état d'esprit que s'inscrit "At seat at the table", son troisième album, qui est une célébration de la culture noire américaine et également de la femme noire. Nettement plus abouti que les anciens, preuve d'un cheminement artistique plus mature, cet album n'était pas un album classique. C'était une véritable performance artistique, une expérimentation transdisciplinaire. Photographiée par l'artiste féministe Carlota Guerrero, cette dernière a su sublimer la poésie et la force de la démarche de Solange. Des images douces mais frappantes, à l'image de sa voix envoûtante délivrant des paroles incisives. Le plus cool dans tout ça, c'est qu'il émane de Solange un pouvoir de réassurance, donnant confiance aux femmes. Elle partage son énergie créative pour insuffler de bonnes énergies. Sa lettre à son "teenage self" est truffée de d'ondes positives.


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Solange by Carlota Guerrero


En ce sens, le sujet des cheveux, capital dans la vie d'une femme noire est d'ailleurs évoqué avec autorité. elle assène la supplication "Don't touch my hair", et compare la chevelure des femmes noires à une couronne, une coiffe sacrée qu'il faut traiter avec respect. Et non un objet de curiosité.

Avec sa tribe de "cool people" comme son ami Frank Ocean, Solange perçoit la musique comme une expérimentation. Ensemble, ils s'échinent à réinventer le R&B avec des acoustiques plus nobles et une virtuosité mystique. Plus globalement, tout ce que fait Solange est cool. De son mariage, à ses shootings magazines, ou ses apparitions lors de grands événements. Tout est sublimement orchestré.


Solange, "Musique pour noir buvant du lait de soja" ?

Lu sur Twitter. Déclaration en réaction à la sortie de son nouvel album, "When I get home". Annoncé sur sa page Black Planet, un réseau social afro américain, l'album/film est sorti dans la plus grande surprise (Vous pouvez voir le film complet ici). So Solange. Mais voilà, son style éthéré ne plait pas à tout le monde.


Pourtant, Solange est d'un engagement sans faille dans la cause noire américaine et lui rend continuellement hommage par l'utilisation de rythmiques langoureuses, empruntées au jazz et à la saoul des premiers jours de la Nouvelle Orléans. Solange initie une expérience, une quête artistique dont le génie et la poésie ne sont pas accessibles au plus grand nombre. Moins abordable que sa soeur, Solange se pose donc en énigme, saisissante, grave et déstabilisante.

"When i get home" est un voyage, un rituel vers un état de méditation basé sur l'intuition. Un attrait évident de la spiritualité, qui est invoquée pour atteindre cet état de "vérité" de soi à soi.  Peut on la blâmer d'oser sincèrement sortir des carcans mercantiles et de se réclamer un "droit" à l'expérimentation ? Je ne crois pas. Sachons célébrer cette "étrangeté" créative, qui nous empêche, dieu merci de vivre dans un monde aseptisé.

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Solange au MET Gala 2018
Solange, sorcière ?

Solange a montré à plusieurs reprises un intérêt prononcé pour la sorcellerie, et notamment le wiccanisme / chamanisme ou encore le vaudou, sans pour autant formellement s'engager dans une pratique. Elle s'était notamment fait remarquée l'année passée au MET Gala 2018 en arborant une bouteille de "Florida Water", soit une sorte d'eau sainte connue pour ses propriétés spirituelles dans les milieux wiccans ou encore dans la pratique du vaudou. Cette eau aide à purifier et stimuler des "bonnes ondes", et tiendrait son nom d'une mystérieuse fontaine de jouvence en Floride.

Les wiccans vouent un culte à la nature, croient en la magie et aux mystères lunaires. On célèbre notamment Artémis ou encore Hécate, en tant que déesses de la lune. Ce dérèglement des "sens" et de la raison qu'elle a opéré a permis un voyage mystique l'ayant fait aboutir à deux albums d'une finesse artistique encore jamais atteinte.

Sur ses croyances, Solange s'exprime non sans opacité. En témoigne ci dessous, sa réponse sur Twitter à un fan la questionnant sur son rapport à la spiritualité. Ni sorcière ni déesse, Solange travaille avant tout à écouter ses désirs, ses émotions les plus profondes.



Solange, la copine

Solange entretient un proximité avec son auditoire, une légèreté qu'on retrouve dans son clip "Binz" issu de son nouvel album. On la voit se déhancher, devant sa caméra, en chantant et dansant comme si elle était face à son miroir. Elle apparaît tantôt pimpée, en tenue paillettes ou tantôt au naturel, affichant même parfois ses aisselles non épilées et ce de manière aléatoire. 





Bref, je l'aime. 
On écoute son album 🧡🧡




. vendredi 29 mars 2019 .


@𝐦𝐢𝐫𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐜𝐥𝐞𝐞


Bienvenue dans les Editions de la lune 🌙 !

C'est quoi ? Un label de micro-édition, créé pour éditer des Fanzines collaboratifs autour de thèmes liés au féminin
Un Fanzine ? Un magazine libre amateur, réunissant des dessins, photos, écrits, paroles de musique, pensées intimes autour d'un thème donné.
Mais ça sert à quoi ? A s'amuser, s'explorer au prisme de sa poéticité, s'exprimer sur un sujet donné, à sa façon.
Pourquoi la Lune ? Car Artémis est la lune, puissance mystérieuse et ensorcelante, un symbole lié de longue date à la créativité féminine.
Ok cool, pas mal ton truc. Moi je peux faire quoi ? PARTICIPER !!! On regarde ci dessous quel est le thème de l'édition en cours et on envoie si on le souhaite sa participation ! Texte, collage, photo, dessin, peinture, memes, tout est la bienvenue !
Cela sera imprimé comment ? Cela dépendra du thème, du nombre de participations mais ce sera via Newspaper Club ou encore Print on Paper. Une partie sera distribuée dans un lieu culturel parisien lié au thème, et une autre accessible en ligne.


Numéro #01


Issue 01 l New Moon (Nouvelle Lune) l Participations ouvertes

Le Thème : La nouvelle lune est l'annonce du renouveau. Brillante, moins imposante que la pleine lune, elle est débute un cycle, est l'occasion d'un nouveau départ et d'un renouveau énergétique. 

Date limite de participation : 31 Juin 2019

Envoyez nous vos rêveries intimes, votre prose, vos dessins, peintures, photos, pour constituer une oeuvre collective, 100% sororité, à l'adresse suivante : artemislejournal@gmail.com

Inspiration :

Braulio_amado_gifga3_int_5
` ♡ @hearteus.
La muse en pleurs Plus
NEVERMIND
rose gris transparence

. mardi 19 mars 2019 .

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Je n'ouvre quasiment jamais mes newsletters, mais il faut dire que celle ci a su m'attirer l'oeil. A l'occasion de la journée des droits de la femme, la marque de mode "& other Stories", le fleuron edgy du groupe H&M a lancé une campagne dont le slogan est "Be bold, Be weird".

A la première lecture, je ne savais trop quoi en penser. Je suis toujours un peu méfiante de l'opportunisme des marques à se réclamer de "sub cultures" ou encore de mouvements politiques et sociaux. Cette supposée ode aux comportements disruptifs sous glacis d'une norme préétablie m'horripile. On invite en effet à outrepasser l'ordre établis, mais dans une limite ou un cadre donné, ce qui permet au final un contrôle de la disruptivité tout en nourrissant chez la personne croyant ainsi s'affirmer le sentiment d'être unique, et de véritablement oser.


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En même temps, il faut bien commencer quelque part. Le message est rafraîchissant, et plein de bonne volonté. On découvre le L.A City Municipal dance Squad, un groupe de onze jeunes femmes ayant créé une communauté/ un "squad" autour de la danse. Ensemble, elles expérimentent, n'hésitant pas à exprimer toute l'étrangeté de leur être, pour se découvrir et devenir plus sures d'elles. On nous invite ainsi à les suivre, en trois épisodes, dans la préparation d'une performance en night club plus folle que jamais, durant laquelle le maître mot sera de s'assumer. Une célébration de la sororité donc,  et de la force qu'elle permet d'insuffler. Les danseuses parlent en effet de l'amitié comme d'un réel engagement entre elles, développant un sentiment d'empathie qui leur permet de grandir et de créer une énergie positive galvanisante. 

La campagne fait également la promotion du female gaze, en expliquant qu'ensemble, ces femmes créent un nouveau monde ou elles écrivent leur propre histoire. Evidemment, vous pouvez vous aussi intégrer ce cool squad en suivant le cours de danse en trois étapes que propose la marque et en partageant vos moves de dancing queen

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Une marque n'étant pas une oeuvre de charité, les filles sont toutes de & other stories vêtues, et le but final est de se reconnaître dans leur coolness pour acheter leurs looks. Mais il est agréable de voir les marques commencer à évoluer dans leur discours. Il y a un début à tout, et celui ci est franchement encourageant. En repensant à cette relation crée entre le fait d'être "bold" (forte) et "weird"(bizarre), je n'ai pas pu m'empêcher de faire le lien avec ma propre expérience. On m'a en effet souvent dit que j'étais une personnalité forte, mais les mêmes personnes allaient tout aussi facilement me qualifier de "folle" ou "excentrique". Car oui, cela demande une certaine force pour sortir de la norme, de s'assumer, de sortir des carcans de la jeune fille sage et modèle, au comportement attendu. Cela ne manquera pas de susciter une forme de rejet, devant laquelle il ne faudra pas flancher. 

Espérons que cette belle initiative inspire d'autres marques !

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Vous m'excuserez d'avance, cet agenda est très parisiano centré. Je compte m'améliorer très vite, mais voici en attendant une liste d'événements qui font bouger les lignes :

08 Mars 2019  l Féminisme(s), Ground Control l Forum animé par le collectif Cervyx
08 Mars 2019  l "Citoyennes" dans le cadre des Arabofolies, Institut du monde Arabe  l Forum
13 Mars 2019  l L'art après #Metoo, à la Monnaie de Paris l Table Ronde
14 Mars 2019  l Computer Grrrls, Gaîté Lyrique, Paris l Exposition Girls & numérique
19 Mars 2019  l Un Podcast à soi, au festival Pop Meuf l Présentation & discussion
30 Mars 2019  l Fémi.Nice Day l Un journée pleine d'activités, sous le signe du féminisme
04 Avril 2019   l Art & Féminismes l Une soirée sonore, de débats et d'écoutes de Podcasts
06 Avril 2019   l Louvre & Féminisme l Une visite du Louvre, au prisme du féminin
13 Avril 2019   l Féminisme(s) Noir(s) l Colloque sur le féminisme des femmes noires
26 Avril 2019   l Tremblez Tremblez l Tables rondes sur la figure de la sorcière


+ Hâte de voir sortir "Hystérique", magazine du collectif Junon !

See you there!

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Photo by Marta Bevacqua


"Les féministes, c'est quoi? C'est genre des meufs poilues un peu hippies qui puent la transpi ?"
...
Phrase de bon goût entendue dans une file d'attente. Clairement, il y a encore du travail.

Mais vous, ça y est ! Vous avez décidé de passer outre votre appréhension à finir dans le camps des looseuses finies, vous voulez en savoir plus. Il faut dire que le terrain est nettement plus safe, plus de risque de passer pour la weirdo de service, même Beyoncé est ouvertement féministe. Non pas que ce soit un argument, évidemment, mais disons que cela donne du courage. Vous pouvez donc continuer sans crainte votre quête initiatique (et puis bon, on reviendra un peu plus tard sur ce "woman power" très marketing. Tout de même).

Mais aujourd'hui, ce n'est pas la question. Le problème étant : par quoi on commence ? Le féminisme étant devenu ces derniers temps très mainstream, il n'est pas aisé de se frayer un chemin au milieu de ce vaste opportunisme charlatanesque. Pour ne pas vous laisser bercer par des sirènes trompeuses et vous aider à identifier des valeurs sûres, je vous ai concocté un starter kit pour maîtriser en moins de deux mois les rudiments du féminisme 2.0. Vous acceptez le challenge ?


1. On lit

Virginia Woolf, Une chambre à soi l Le Pamphlet

Un classique. Un essai, sublimement écrit, faisant l'état de la condition des femmes artistes à l'aune du XXIeme siècle. On apprécie tout particulièrement l'exercice de fiction auquel l'auteure se livre, imaginant quel aurait été le destin d'une petite soeur de Shakespeare, dotée du même talent, à la même époque. On devine aisément le contraste de destinée ...

Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah l L'Odyssée de la libération

Une fresque, haletante, de la destinée d'une femme nigériane entre Lagos et Philadelphie. Ses amours, sa condition de femme noire aux Etats Unis, sa place dans le milieu universitaire, l'élection de Barack Obama ... Tout est dépeint avec beaucoup de finesse, un chef d'oeuvre de la littérature post coloniale.


Mona Chollet, Beauté Fatale l Le Manifeste

Ce livre fut pour moi une véritable claque. Un manifeste même. Une déconstruction d'une grande habileté de la conception patriarcale et sexiste de l'image de la femme dans nos sociétés, et de l'injonction à la beauté & à la séduction. Un corps féminin stéréotypé, devenu un produit, pour garantir sa subordination.

Chimamanda Ngozi Adichie, We should all be feminists l Le Tube

Un petit manifeste, que j'ai découvert à Londres il y a trois ans, puis repris très largement par Beyoncé dans sa chanson "Partition" ou encore sur des t-shirts Dior. Bon. Avant cela, c'est un formidable écrit expliquant la nécessité d'un monde plus équitable.

Roxane Gay, Bad Feminist l Le Réconfort

Car personne n'est parfait. Bien que vous soyez pleine de bonne volonté, certaines mauvaises habitudes, ou raisonnements peuvent toujours s'imposer à vous. Et Roxane Gay est la pour vous dire, c'est pas grave. L'essentiel c'est d'en avoir conscience et de continuer l'exercice de déconstruction.

Simone de Beauvoir, Le deuxième Sexe l La Bible

Bon je préviens, ça se lit un peut moins comme du petit lait. Une lecture exigeante donc, mais passionnante, faisant un état des lieux quasi encyclopédique de la construction du féminin sous le poids d'un sexisme certain. Une oeuvre majeure de la philosophie, et de la mouvance féministe.


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Photo by Ashley Armitage


2. On écoute

Les podcasts sont des matériaux indispensables de la lutte 2.0 et de la sororité. Petit tour d'horizon :

La Poudre l Le classique

La Poudre fut clairement ce qui me permis de comprendre l'ampleur de la nécessité féministe, encore de nos jours. Des récits de femmes inspirantes, politiques, artistes, militantes, qui ne manqueront pas de vous donner envie de changer le monde.

Quoi de Meuf l La sororité

Moins grave que La Poudre dans le ton, mais tout aussi juste, Quoi de Meuf décrypte les rapports de force genrés dans la Pop culture, avec des allures de discussion entre copines. Un indispensable, pour avancer sans oeillères.

Simone & les Philosophes l Thérapie anti sexisme

Un podcast animé par une docteure en philosophie, proposant des sujets de réflexion sur notre quotidien, mais également des "Thérapies anti sexisme", sous forme d'exercice de pensée. Rendre les préjugés sexistes évidents pour mieux les déconstruire, c'est ce que vous serez bientôt capable de faire.

Un podcast à soi l Le documentaire audio

La première fois qu'on écoute ce Podcast, on n'en sort pas indemne. Des récits et témoignages prenants, parfois glaçants, faisant apparaître dans toute son évidence le besoin de s'unir. Le tout orchestré par un travail de journalisme d'une rare qualité.

Miroir Miroir l Tu t'es vu ?

Oui, les médias colportent de nombreux clichés, et parfois même inconsciemment. Miroir Miroir se lance en ce sens le défi de déconstruire la norme et questionner les standards, afin de mettre en avant des rapports de forces. Race, genre, normes sociétales, tout passe à la moulinette.



3. On s'inspire

Bon là, le champ est très très vaste et ce sera justement tout l'objet de ce blog que de le parcourir. Rappelons juste les basiques / incontournables :

@RupiKaur / Poétesse féministe d'Instagram
@PetraCollins / Photographe iconique, ayant inventé le "female gaze"
@womenandfilms / Communauté cinématographique féministe, avec un focus sur les films niches.
@Monicagreatgal / Peintre féministe, explorant son corps sans tabous
@IsabelleFeliu / Plasticienne canadienne, explorant avec poésie le corps de la femme
@ManjitThapp / Illustratrice basée aux UK, questionnant l'identité de la femme indienne.
@laydist / Réalisatrice et photographe, à l'iconographie féministe pop & 2.0
@PalomaWool / A la fois marque de mode & expérimentation artistique, définitivement edgy.
@girlfriendcollective / Marque de vêtements "body positiviste", et sororité engagée



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4. On participe

Glorieuses / Si on recherche une sororité 2.0, et que l'on souhaite devenir une "Witch" Activiste. On apprécie tout particulièrement leur newsletter, décortiquant l'actualité féministe, ou encore leur newsletter inclusive What's Good.

Lallab / Pour un focus sur un féminisme musulman. Je vous invite tout particulièrement à découvrir leur documentaire incroyable, le "Women SenseTour"

Mwasi / Un collectif afroféministe, non mixte.

Afrocyberféminisme / Un concept futuriste, dont la réflexion à ce sujet est partie d'un cycle passionnant organisé par la Gaîté Lyrique, au prisme de l'oeuvre de l'auteure de Science Fiction afro américaine, Octavia Butler. Bien que l'événement soit passé, plongez vous dans toutes ces références passionnantes.

Cette liste est basée sur mon expérience personnelle, et est donc par essence non exhaustive. Il n'y a pas un féminisme mais des féminismes, reflétant la diversité de femmes, de cultures, d'influences. A vous de vous frayer votre chemin, mais partir de ces incontournables me semble être un beau départ, pour comprendre nos enjeux modernes.

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Photo by Ashley Armitage


5. On surfe 

Aware (Archives of Women Artists Research & Exhibition) / On découvre l'incroyable travail de l'association Aware, travaillant sur un Index des femmes artistes du XXeme siècle. Un travail minutieux constituant une source d'inspiration hors norme.

Tabloid Art History / Un magazine anglophone analysant les rapport entre pop culture et histoire de l'art, en mettant l'accent sur des problématiques féministes ou encore la gender fluidity.

Ba(f)fe / Une bible. Une base de donnée féministe listant des articles pertinents en rapport avec les différentes luttes menées comme le viol, le racisme, le travail du sexe, la grossophobie, etc.



En bref, mes conseils :

1. Tenez un carnet d'idées : Prenez en note vos impressions, idées, ce que vous avez appris. Bref, devenez une penseuse en herbe.

2. Parlez en à votre entourage : il est toujours intéressant de prendre la température autour de soi, et clairement je vous mets en garde contre les mauvaises surprises, qui seront certaines. Rome ne s'est pas faite en un jour. Ignorez les causes perdues, et concentrez vous sur les personnes curieuses, ou qui comme vous sont "woke".

3. Analysez votre lieu de travail : Spoiler c'est pas glorieux. On ne vous demande pas de vous transformer en sauveuse de la nation mais se rendre compte des rapports de force genrés sera déjà un bon point de départ. A vous de voir par la suite quelles actions vous pourrez proposer à votre entreprise, si vous identifiez des points d'amélioration. Attention à ne pas vous mettre dans des situations trop complexes, encore une fois, certaines batailles sont parfois titanesques et vous ne pourrez pas y parvenir seule. Le mieux étant encore une fois de faire appel à vos pairs.

4. Allez à des événements :  rien de tel pour créer des sororités puissantes, se tenir informées, réfléchir ensembles ...

5. Et surtout : Pensez le monde de demain ! Débordez d'idées, agissez à votre niveau, construisez !


Allez courage on vous promet, c'est désespérant mais tout n'est pas perdu !


. .


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Photo by Petra Collins


Objet de fantasme il y a quelques années, le selfie s’est démocratisé, au point d’être devenu un geste banal. Tout le monde prend des selfies. De Macron à Kylie Jenner, il n’y a qu’un pas. Si cette pratique jugée démesurément narcissique a d’abord surpris, elle a fini par devenir un moyen de communication plus immédiat, comme en attestent les caméras frontales, Snapchat, Instagram ou encore les filtres en réalité augmentée … Mon image est pensée comme support d’un message.

Fort heureusement, entre les mains des féministes 2.0, le selfie est devenu quelque chose de plus : un outil de réappropriation de la représentation du féminin, bref une arme surpuissante du female gaze. Est ce nouveau ? Non. De nombreuses femmes ont eu recours au cours des siècles à l’auto représentation, à l'exploration de son image par le motif du miroir, comme un moyen de réintégrer leur corps et déconstruire les stéréotypes féminins.

L’auto portrait féminin, un genre à part entière dans l’histoire de l’art

Miroir, mon beau miroir, qui suis-je ? C'est avec surprise que j'ai découvert que dans l’histoire de l’art, l’auto portrait féminin s’avère avoir une fonction radicalement différente du masculin. Alors que les hommes utilisaient l’auto portrait avec beaucoup de grandiloquence et de narcissisme,  pour démontrer entre autres leur aptitudes techniques, booster leur statut social ou encore rendre hommage à d’anciens maîtres, les femmes se montrent plus discrètes et font preuve de plus d’humilité. On note que ce détail est assez drôle quand les femmes furent les premières montrées du doigt dans leur pratique du selfie (évidemment), dénonçant des drama queen vaniteuses, aux moeurs légères et sans pudeur. Passons.

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Sofonisba Anguissola, par elle même.
Un peu figée. 1556


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Vigée Le Brun, par elle même,
 super figée également. 1790


Les femmes étaient plus discrètes donc, mais non par manque d’ambition. Disons que jusqu’au 19ème siècle, elles faisaient figure d’exception dans un milieu artistique très masculin, et que l’auto représentation était utilisée pour montrer que elles aussi, elles savaient peindre. Et quelle meilleure publicité que se représenter pour promouvoir son talent ? Evidemment, il était déjà facile à l’époque d’accuser les femmes de vice de vanité et de leur reprocher d'ainsi vouloir se noyer dans leur propre reflet. On cherchait alors à ramener les femmes au seul type de création pour lequel elles étaient toutes désignées : enfanter.

Les femmes artistes devaient donc redoubler d’ingéniosité et de motivation pour exister. Un jeune homme plein de talent était un génie, tandis qu’une jeune fille aux aptitudes exceptionnelles était une weirdo finie.

L’auto portrait était donc un moyen de défendre leur talent, montrer un fini technique parfait, tout en se représentant en femme de bonnes moeurs. Conclusion, hommes et femmes ne pouvaient se représenter de la même manière, car ils n’étaient pas égaux. On repassera donc pour le drama féminin.

Dieu merci, le 20eme fut la fin des tabous. On fait fit des conventions, on s’auto représente avec des codes masculins si on en a envie (On pense à Gluck et son sublime béret). On se représente nue, on se débarrasse de la pudeur pour découvrir ce à quoi ressemble vraiment son corps. Le miroir devient le symbole d’une recherche de la vérité derrière la surface. l’heure n’est plus à la simple représentation, nous sommes  davantage face à un cheminement ontologique : qu’est ce que l’humain ?


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The two Fridas, Frida Kahlo, 1939
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Gluck


Et puis il y a Frida Kahlo. Ses auto portraits sont des journaux visuels de ses émotions, de ses joies comme de ses névroses. C’est la première à faire entrer la douleur et une forme de violence dans l’auto portrait féminin.

Ce dernier devient alors le lieu de revendications plus politiques, en dénonçant la complexité d’être une femme, et en abordant notamment le sujet des menstruations (on pense notamment à l'oeuvre marquante de Juy Chicago, The Red Flag). Le corps n’est plus seulement montré comme un objet désirable, mais comme un moyen de combattre les préjugés moraux.

Le Selfie : d’objet trivial à la performance artistique féministe 

Le selfie, digne héritier de l’auto portrait ? Frances Borzello, auteure de Seeing Ourselves, n’est pas de cet avis. Pour elle, cette trop grande accessibilité de la pratique, cette immédiateté nie toute la profondeur théorique des artistes.

Le selfie a en effet été démocratisé au prisme de la famille Kardashian et notamment la grande soeur Kim, dont Kylie Jenner, la petite dernière, est la digne héritière. Chez elle, la préparation et le travail sont constants pour être sans cesse photogénique. Elle est devenue l'incarnation humaine d'un fantasme sexuel masculin, une sorte de poupée gonflable en vie. Bon, on passe notre tour.

La réponse des féministes 2.0 : le body positivism, l'essor des sororités. Des artistes féministes comme Petra Collins, Monica Hernandez ou encore Ashley Ermitage, qui bousculent sévèrement les codes. Le selfie est ici récit à visée cathartique, permettant l’exploration de soi. On joue avec les codes, on ne se montre pas toujours sous son meilleur jour. On s’amuse avec son image, elle nous appartient, enfin! Le philosophe Hegel disait en ce sens que la quête de reconnaissance, c’était aussi qu’autrui reconnaisse ma liberté. Et la, on est en plein dedans.

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Photo by Petra Collins

C’est donc le « body positivism » qui règne désormais sur les réseaux féministes, c’est à dire la célébration de la diversité des types de silhouettes et le fait de s’abstenir de critiquer les corps. L’atmosphère « body-positive » s’installe par la spirale du partage et l’apprentissage d’une nouvelle manière de regarder, qui pousse les jeunes femmes à s’exposer. Cela fini par créer un nouveau discours visuel, dans lequel la beauté n’est pas normative et reflète une esthétique plus personnelle poussant à la redécouverte et l’acceptation de soi. On accepte aussi de ne pas toujours se montrer souriante, heureuse, comme toutes les femmes sont sensées être. Cette injonction au "sourire" qui doit venir gracier le visage des jolies jeunes filles est volontairement rejeté. On se montre grave, on ne cache plus son mal être. On pleure, on le montre, et ça fait du bien.


Les artistes de l’ère instagram utilisent le selfie pour déconstruire des stéréotypes féminins, et se réapproprier les incriminations d'une féminité non normée (pilosité, poids, parties génitales, etc.) pour les esthétiser et en faire des motifs de fierté. On s’aime juste telle que l'on est. Les codes normatifs et consuméristes de l’esthétique classique sont remis en question pour affirmer un nouveau type de beauté. En ne se montrant pas sous son jour le plus attractif pour un homme, ces femmes se désexualisent et contrôlent leur image en se débarrassant de l’étiquette « objet sexuel ».



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@Monicagreatgal by @meryornot


Plus encore, le selfie sert de porte étendard aux causes politiques, que ce soit le mouvement #metoo, se battant contre les violences faites aux femmes, aux mouvements de femmes racisées comme le #donttouchmyhair démocratisé par Solanges Knowles, parlant de cette tendance à toucher les cheveux des femmes noires, considérés comme des objets de curiosité.


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Donc en somme, les artistes de l’ère digitale se sont emparées du selfie, le vidant de son rôle purement consumériste et de conformisme social, pour en faire le digne héritier de l’auto portrait artistique féminin. Mais le stéréotype n’est pas encore mort. Il y a cette idée que quitte à exposer son corps, il faudrait donc que ce soit un corps correspondant aux "normes" de la désidérabilité masculine, pour justifier sa mise en avant. Il n'y a qu'à regarder l'essor de toutes ces influenceuses "Heath", "Yoga" "Wellness" prônant un corps très normé.

Certaines, à l'image de Kylie Jenner ou encore Emily Ratajkowski s'enferment certes dans cette "poupéisation" de leur corps, elles sont devenues l'incarnation humaine d'un fantasme sexuel masculin, une sorte de poupée gonflable en vie. Emily Ratajkowski qui par ailleurs se réclame féministe, et bien qu'on ne remette pas en question sa bonne volonté, cela nous surprend pourtant quelque peu après 4 secs de scroll sur son Instagram. Pourtant, elle présente son Instagram dans une interview à Paper Magazine comme une "magazine féministe". Babel ne s'est pas construite en un jour, mais cette déclaration laisse pantoise. Nous sommes ravies d'apprendre qu'elle s'affirme et se sent plus forte en s'affichant sexy et sensuelle, mais elle participe malheureusement également à ériger au rang d'objet le corps de la femme, et perpétuer des standards. Se sentir féministe et faire des actes féministes n'est pas tout à fait la même chose. Montrer son corps, certes, mais quid de posts partageant ses opinions sur les droits des femmes, amenant une grille de lecture critique à son feed ? Aucun. Donc notre chère Em Rata est absolument libre de faire ce qu'elle souhaite & de son corps, mais on lui serait reconnaissante de ne pas tout mélanger ! Attention au piège.

Je finirais par vous recommander un petit exercice : il est hyper drôle si vous en avez la possibilité de regarder vos vieux selfie et leur évolution au cours des ans. Je me suis moi même attelée à la tâche, c'était effarant. Disons que c'est un très bel état des lieux de l'évolution de sa confiance en soi !