J'aime Jeanne Damas et Platon, est ce grave ?



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Jeanne Damas



On ne va pas se mentir, être première de la classe et être la cool girl du lycée semblent de prime abord pas vraiment compatibles. 

Prenons mon cas. Pendant très longtemps, je n'ai pas trop fait attention à mon image. Mon principal objectif était d'avoir de bonnes notes et d'abreuver de connaissances ma curiosité insatiable. J'assimilais alors dans mon esprit les filles prêtant trop attention à leur physique à des filles superficielles. Une équation simple et efficace, qui me permettait de rester concentrée sur mon but. Après mon BAC et donc pour mon entrée en prépa, recevant de plus en plus de compliments sur mon apparence, j'eus envie de soigner davantage mon corps. Avant d'être "femme", il allait bien falloir que je sois "fille". Je me suis alors plongée dans l'univers des blogs modes, suivant avec avidité les looks et les lifestyle edgys des blogueuses de l'époque. Une de mes favorites était sans conteste Jeanne Damas qui me fascinait par sa vie de faste qui était aux antipodes du quotidien monacal que m'imposait l'hypokhâgne. 

Le rêve
Le nécessaire "summer" de la khâgneuse



Très vite, je suis passée de la curiosité à l'obsession. Rien n'allait. Tout était à refaire. Mes cheveux partaient dans tous les sens, je passais mon temps à vérifier mon reflet dans le miroir, je faisais des petits boulots dans l'unique but de bâtir la garde robe que je méritais. Bref, je n'avais alors plus qu'une chose en tête : être belle, ou du moins tenter de l'être.

Dans ce contexte, vous imaginez sans peine le bien INCROYABLE que me firent mes premières lectures féministes. En lisant Beauté Fatale de Mona Chollet (entre autres), je compris pourquoi tout en ayant conscience que le bonheur obtenu dans des choses « immédiates » et matérielles n’était pas absolu, de la part de superficialité qu’il y avait dans ces « passions », je les désirais malgré tout avec une ardeur folle. Car en tant que femme,  j’étais assujettie à un devoir de beauté. Et tout en étant dotée d'un esprit critique et en ayant conscience de ce phénomène vicieux, je me faisais un devoir de  me réaliser pleinement dans le désir de l’autre. 

Cependant, quelques questions demeuraient encore à mon esprit. Est ce que, par conséquent, la coquetterie est forcément mauvaise et condamnable ? Ne peut on pas être esthète et savant ? Une femme intelligente doit-elle forcément rejeter tout souci de son apparence? 


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Jeanne est pantoise


Quand on regarde les moeurs de la Grèce antique, on observe que ce sont davantage les jeunes éphèbes qui étaient les victimes des injonctions de l’époque. Si il y avait la belle Aphrodite, il y avait surtout le bel Apollon, portant cet idéal du corps de l’athlète et du soldat, incarnation suprême du beau dans une société extrêmement masculiniste. La femme n’était qu’un objet, servant à la reproduction. Elle est naturellement belle ou elle n'est pas. Le véritable amour, le plus pur, ne pouvait être qu’entre deux hommes, car désintéressé de toute nécessité de survie de l'espèce. C’est donc entre hommes que se jouait la séduction. Par la suite, "être beau", dans les sociétés aristocratiques notamment, était l’apanage des hommes comme des femmes, souvenons nous du coquet Louis XIV ou encore des dandys du XVIIIeme siècle. Cependant, on observe un glissement au cours du XIXeme siècle, début du XXeme, quand l’habit de l’homme se fait plus noir, plus monotone, la naissance du « costume » et que cette vaniteuse recherche de la coquetterie, ennemie de l’homme sérieux, devient alors purement féminine.

This Ivy House - adreciclarte: by Pietro Perugino
Relou.


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Alors quoi ? Allais je ainsi ployer à renier tout ce qui touchait à mon apparence pour marquer ma différence de femme "d'esprit" ? Non. Car tout est une question de ré-appropriation de la notion de beauté. Et de modération. J'ai lancé le débat avec mes ami.e.s. Nous considérions toutes et tous que renoncer à son "image" serait au final aller dans le sens du cliché d'une femme devant choisir entre légèreté et intelligence, et se limiter là ou un homme n'a pas ce genre d'obligations. Prendre soin de sa féminité, tant que cela ne devient pas obsessionnel, ne doit certes pas être dicté et contrôlé par des hommes mais doit aussi demeurer un droit pour toutes. Y renoncer viendrait à penser la figure de l'intellectuel qu'au prisme de codes masculins : froid, raisonnable, mesuré, élégant, discret. Tant que nous avons à l'esprit qu'on nous a jusqu'ici servit une soupe de la beauté ethnocentrée, transformant le corps des femmes comme un objet malléable à désirs (pilosité, injonction à la minceur, cacher certaines manifestations naturelles du corps comme les règles, faire passer le plaisir sexuel de la femme en second), et que tout ceci avait pour but de pleinement nous occuper et ainsi nous détourner des sujets de fonds, comme la politique, on peut repasser sur un mode plus constructif.

J’aime le fait que la mode nous permette d’écrire notre propre histoire, c’est un moyen d’expression riche, puissant, et d’affirmation de notre singularité face à l’élan normatif de la société. Quand Michelle Obama porte en décembre dernier ses shiny boots Balenciaga lors d'une interview, elle envoie un message fort d'indépendance par rapport à l'image conventionnelle de la "Lady" et de ce qui est normalement d'usage, et affirme ainsi sa personnalité. Cet accessoire d'apparence "girly" vient au final durcir son discours, car il démontre son audace et le fait qu'elle ne recule devant rien. Du côté des militantes féministes, je suis depuis des années la bloggueuse et activiste berlinoise Nike Jane, ayant toujours su conjuguer un discours cohérent avec une utilisation de la mode comme porteuse de ses valeurs. Il n'y a donc pas "la" beauté, mais "sa" beauté, celle qui nous ne culpabilise pas, qui nous fait nous sentir bien et qui nous rend plus forte.

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On adore



En ce sens, et pour en revenir à Jeanne Damas, bien que ses premiers élans furent sous le signe du cliché, jeunesse oblige, elle a su trouver sa singularité et encourager les femmes à faire de même notamment au prisme de sa marque Rouje. C'est loin d'être parfait, mais elle a fait son petit bout de chemin. En entrant dans ce milieu, elle avait tout pour devenir une Chiara Ferragni française : un panneau publicitaire humain à la personnalité inexistante, porte étendard d'une "féminité toxique" (terme employé par Dora Moutot sur son compte Instagam @tasjoui) . A la place, elle a tracé sa voie, est restée fidèle à elle même, et a fini par créer sa propre marque qui pour le coup a son lot de tenues « Man Repeller ».

Allons même encore un peu plus loin. Dora Moutot se pose sur son compte instagram la question de savoir si il existerait une intelligence de la futilité chez les influenceuses. Elle dit à ce propos "Elle a l'intelligence d'avoir compris que l'humanité a tellement peur du vide, que l'incarner veut dire avoir des milliers de yeux d'inconnus rivés sur elle, qui pour se rassurer de leur intégrité et de leur supériorité, n'arriverons plus jamais à décrocher". La vanité, bien qu'elle soit décriée, que l'on snobe ceux qui la célèbrent, force est de constater qu'elle nous obsède, et nous attire. Je pense qu'il suffit de regarder le nombre de followers de Kylie Jenner pour se rendre compte du phénomène. L'apparat et le faste ont toujours été un outil de pouvoir, et Louis XIV en usait et en abusait.

@melisakalan01



En un mot, soyez vous même, achetez les fringues qui vous font vous sentir à l’aise si vous accordez de l’importance à cela. Essayez de ne pas perdre trop de temps la dessus, il faut que ce soit un plus, pas un devoir. Comme disait très justement Daria Marx lors de son intervention au club des Glorieuses, si le temps passé par les femmes à se soucier de leur apparence avait été employé à étudier, bâtir la société, nous serions toutes des prix Nobel. En ce sens il est également plus que légitime d’en avoir tout bonnement rien à faire. Mais il n’y a pas de choix absolu à faire entre être « intello » et son apparence. Vous pouvez être en thèse et dévaliser Zara. L'essentiel, c'est de se sentir en adéquation avec soi même. Soyez juste libre, affirmée, et heureuse. Et lisez !!

Je t'aime 💗
    
Photos : Jeanne Damas & sa marque Rouje

Ines

éternel débat, mais bien traité :)

 
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