La vie comme art




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Paloma Wool



Je me pose continuellement cette question qui a taraudé bien des âmes avant moi : quel sens donner à sa vie ?  Comment s'assurer de faire les meilleurs choix ? Si jusqu'à très récemment la réponse s'est trouvée pour toute une génération dans la morale religieuse et ses rassurantes règles de conduite, les choses sont aujourd'hui nettement plus complexes. A l'ère du #Metoo, des discriminations raciales, de la crise écologique, de l'hyper-consommation, la perte de sens est abyssale.  Par ou commencer ? Une des réponses que "l'internet culture" a trouvé à ce questionnement est un fort retour du "mysticisme", de l'astrologie, ou encore de la sorcellerie, permettant de recréer des rites et des pratiques visant à atteindre la pleine connexion à soi même, une forme de purification en somme. En croyant ainsi à l'existence d'une réalité autre, il suffit alors d'ordonner sa vie dans ce sens. Mais que faire si on n'adhère pas à cette spiritualité 2.0 ?

Retour à l'antiquité

C'est là que les grecs volent au secours de notre présent selon Foucault ou encore Nietzsche. Foucault explique que dans ce monde ou la conception de la morale comme simple "obéissance à des règles" est en train de disparaître, la recherche d'une esthétique de l'existence, inspirée de la philosophie grecque, apparaît comme une solution. Dans l'antiquité, concevoir sa vie comme une oeuvre d'art personnelle était au cœur de l'expérience morale. L'esthétique et la beauté seraient ainsi pensés comme des notions pouvant régir l'existence pour la faire tendre vers une forme d'éthique et de bien.

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Paloma Wool

Pour mieux comprendre cette notion, Foucault a donc étudié les mouvements dans l'histoire ayant mis l'esthétique au centre de leur vie, de l'antiquité au dandysme, en passant par le Renaissance : « voilà ce que j’ai essayé de reconstituer : la formation et le développement d’une pratique de soi qui a pour objectif de se constituer soi-même comme l’ouvrier de la beauté de sa propre vie ». Cette inspiration antique de la démarche esthétique comme art de vivre nous éclaire davantage sur la tendance actuelle du "néo antique" d'un certain nombre de marques. On pense aux éphèbes réinventés de l'artiste & designer Luke Edward Hall, aux Vénus 2.0 de Paloma Wool, ou encore des muses solaires de Pamela Card jewelry. Par ces objets mêlant finesse et art, on nous donne ainsi les outils pour être les "ouvriers de la beauté" de notre quotidien. En ce sens, l'antiquité inspire de par sa recherche de beauté dans les détails & sa noblesse d'esprit, venant styliser l'existence, et ainsi la hisser sur un pied d'estale. 

L'acmé de l'individualisme ?

Ce principe de vie n'est cependant pas à confondre avec une apologie de l'individualisme, d'un esthétisme passif et matérialiste. Foucault théorise cette idée durant les mouvements libertaires liés à Mai 68. Contre l'impérialisme capitaliste, on proclame la liberté, et notamment la liberté individuelle. On se penche sur la culture gay, les gender studies font leur apparition, la culture vegan est en plein boom. Bref, c'est l'essor de l'épanouissement personnel et de libération de soi. Mais est ce que l'ultra individualisme est souhaitable ? Non, car il nous déconnecte d'autrui, de la société. Faire de sa vie une oeuvre d'art serait en ce sens un moyen de repenser le rapport à soi mais également à l'éthique. Chez les grecs, l'ascèse, la purification, l'examen de conscience étaient pratiqués mais ne servaient pas à se déchiffrer ou encore percer le secret de son âme, mais à se transformer, se façonner.  Foucault se pose alors cette question : et si nous étions un objet que nous devions façonner, pour mieux figurer dans le tableau d'ensemble ?

 « Ce qui m’étonne, c’est le fait que dans notre société l’art est devenu quelque chose qui n’est en rapport qu’avec les objets et non pas avec les individus ou avec la vie (…). Mais la vie de tout individu ne pourrait-elle pas être une œuvre d’art ? Pourquoi une lampe ou une maison sont-ils des objets d’art et non pas notre vie ? »  Michel Foucault.


Pour une esthétique de l'action 

Faire de sa vie une oeuvre d'art n'est donc pas seulement devenir un esthète déconnecté du réel, se vautrant dans les possessions vaniteuses, n'ayant que pour seule religion un paraître maîtrisé.  Cela est même le contraire de cette culture du "bien être" et matérialiste, nous enjoignant à créer une "bulle" pour nous couper du monde. Nietzsche nous invite en ce sens à devenir moins passifs, à cesser de céder au divertissement et à davantage considérer le monde comme un vaste terrain de jeu dans lequel notre vie serait une oeuvre d'art aussi sublime que celle des héros grecs.

Faire de sa vie une oeuvre d'art, c'est refuser le fatalisme, c'est croire en son autonomie. La démarche artistique et la recherche d'esthétisme peut donc au contraire nous faire aborder une approche plus constructiviste, voire même thérapeutique. Se sentir bien en créant, donc en s'ouvrant, et non en se coupant des autres, c'est nous rendre plus emphatiques, et donc plus humains. C'est enrichir nos expériences du réel, créer de nouveaux modes de vie, profitables à tous. Edouard Delruelle proposait en ce sens d'expérimenter la vie comme art par la création de petites communautés de personnes, développant un nouveau type de style de vie. C'est justement le cas de la marque Paloma Wool, qui propose une expérience de vie complète, faite d'objets mode à la chaîne de production éthique, tout en proposant une expérience du corps basée sur l'art. On achète pas seulement un objet mais une expérience artistique, une performance globale à laquelle on prend part. C'est un mon sens l'un des plus beau projet illustrant cette démarche actuellement.


« Nous avons à peine le souvenir de cette idée dans notre société, idée selon laquelle la principale œuvre d’art dont il faut se soucier, la zone majeure où l’on doit appliquer des valeurs esthétiques, c’est soi-même, sa propre vie, son existence. » Michel Foucault



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Carlota Guerrero

La recherche d'esthétique, de beau, d'exigence ne doit pour autant pas être réservé aux élites. Sur le site Semaine.com, faisant le portrait de créatifs inspirants, on y rencontre des boulangers, des artisans, des libraires, des designeurs, des médecins, des athlètes, des restaurateurs .... Tout à chacun est éligible à une esthétique de l'existence, à être soi même, dans une quête mêlant beau & authenticité. N'est ce pas également un moyen de réduire les écarts entre les hommes, en ne réservant pas le beau à certains, mais en en faisant un principe accessible à tous? Nietzsche souligne en ce sens que c'est justement l'esthétique bourgeoise qui a créé le glissement de "l'art pour l'art", et qu'il faut ainsi éviter l'écueil de "l'art désintéressé" (Kant).

En somme faire de sa vie une oeuvre d'art serait alors une recherche de réassurance dans le beau ainsi qu'une exigence à se façonner de la plus belle des façons pour se transformer en acteur, construisant le réel. Pour les grecs, l'esthétique appliquée à la morale servait ainsi à créer des citoyens modèles dans la cité, et ainsi constituer une meilleure société des hommes. Plotin résume parfaitement notre nouveau credo :


« […] enlève tout ce qui est superflu, redresse ce qui est oblique, purifiant tout ce qui est ténébreux pour le rendre brillant, et ne cesse de sculpter ta propre statue […]. »  Plotin


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Carlota Guerrero



Sources :

Michel Foucault, L’herméneutique du sujet. Cours au Collège de France, 1881-1982, Gallimard /Seuil, p. 241.

Laura

C'est drôle car j'ai toujours pensé que ce concept était très orienté égocentrisme, et tu m'a convaincue que non :)

Bianca

super article :) Come visit my blog !!

xxx

 
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